Être membre du public: un statut qui a ses exigences 

Joëlle Le Marec

Cet article reprend une partie des résultats exposés dans une these de doctorat soutenue par l'auteur a l'Université de Saint-Etienne le 29 janvier 1996 «Le visiteur en représentations - l'enjeu des études préalables en muséologie». Cette these s'appuie elle-même sur un ensemble d'évaluations menées à la cellule Evaluation de la direction des Expositions, à la cité des sciences et de l'Industrie de 1989 à 1995.

Les évaluations préalables des représentations en muséologie des sciences et des techniques ont couramment pour vocation la recherche d'un état initial des connaissances chez les visiteurs, que l'on se propose de modifier au moyen de l'exposition. Cependant, des lors qu'on interroge des visiteurs, ce qui est dit est toujours fort différent de ce qui est attendu. C'est cette constatation fort simple que nous avons souhaité assumer dans la conduite des évaluations préalables, dans la nature de l'interprétation du discours des visiteurs, et même, dans l'appréciation du statut du visiteur et donc, par effet en retour, dans l'appréciation de la portée même de l'évaluation pratiquée.

En effet, le rôle et la place de celle-ci est préalablement assignée par référence aux objectifs de conception, dont la définition implique le plus souvent une définition a priori de la place et du statut du visiteur. Des lors que cette définition a priori devient discutable lorsqu'on l'apprécie a la lumière du point de vue que les visiteurs ont de leur propre statut, le rôle et la place de l'évaluation changent également, sous la pression de ce point de vue des visiteurs.

Un ensemble d'évaluations préalables menées à la direction des Expositions de la cité des Sciences et de l'Industrie de 1989 a l9951 ont permis une immersion continue dans la parole quotidienne des visiteurs interrogés. Les méthodes pratiquées, tres qualitatives, étaient basées sur des entretiens qui se sont avérés être beaucoup moins des matériaux à traiter, qu'un ensemble de situations que les visiteurs ont construites de manière a pouvoir dire les choses les plus pertinentes possibles compte tenu de ce qu'ils suppposaient être leur róle vis-à-vis de l'institution d'une part, et le rôle de l'institution vis-à-vis d'eux d'autre part.

L'entretien se déroule rnoins dans un espace public que dans un lieu tiers, partagé entre les visiteurs et les professionnels qui y ont installé les expositions et organisé les activités. Ce lieu est un espace de rencontre au sens fort. Comme l'ont démontré nombre d'études sur les bornes interactives dans les musées, cette caractéristique joue de façon tres importante dans la pratique du visiteur, qui est a la recherche des intentions de ceux avec qui il partage l'espace habité par leur activité différée. L'ouverture de l'exposition marque l'effacement de la foule des professionnels qui livrent des lieux encore «chauds» de leur travail à des visiteurs profondément sensibles à cette présence anonyme. La nature de l'enquete, qui porte sur des projets d'expositions à venir, concrétise la nature et la vocation de ce lieu tiers, ou la communauté des professionnels et la communauté des visiteurs se cherchent dans un dialogue toujours nécessairement différé. Le visiteur étant continuellement à la recherche des intentions «Qu'a t-on voulu me dire? Qu'a t-on voulu me faire faire?», il comprend le principe de l'enquête préalable, où l'on cherche à savoir ce qu'il pense et comment il pratique, puisque cette logique est précisément celle que lui-même met en oeuvre vis-à-vis de ses interlocuteurs cachés. Le fait qu'il s'agisse d'entretiens portant sur des themes de futures expositions est tres important. Il actualise dans une relation effective l'existence d'un contrat de confiance tacite entre l'institution et le public. C'est pourquoi, du point de vue des visiteurs interrogés, et compte-tenu de la nature des evaluations préalables menées, ce à quoi se rattache la situation d'entretien lors de l'évaluation préalable n'est jamais le modele de l'enquête préalable de type «étude de marché», mais plutót la relation de communication institution - public que l'entretien actualise directement.

C'est dire à quel point le crédit accordé a priori a l'institution culturelle repose sur la confiance dans la nature de la relation public - institution. Si le modele de référence de l'enquête préalable est pour la totalité des visiteurs interrogés une relation dans laquelle leur point de vue est entendu et traité en tant que tel, il n'y a pas de raison pour que le modele de référence de l'enquete préalable pour la communauté des

professionnels du musée soit plutôt l'étude de marché ou toute autre enquête reposant sur le principe de l'utilisation des matériaux d'enquête pour susciter des actions qui n'entreraient pas dans le cadre du contrat de confiance qui a justifié l'entretien préalable.

De l'ensemble des choses dites à propos des thèmes de l'environnement, de l'informatique, du littoral, de la santé, de l'énergie, de l'espace, de la ville, de l'automobile, il ressort bien sûr des représentations de chacun de ces thèmes, mais aussi, et surtout, Ia nécessité permanente pour les visiteurs de comprendre ce dans quoi ils sont engagés via l'évaluation pour pouvoir parler de ces thèmes, et des méthodes mises en oeuvre par eux pour parler optimalement de ces thèmes en tant que visiteurs interrogés en vue de projets d'expositions sur ces thèmes. Ainsi, ils nous donnent accès à deux dimensions fondamentales de leur perception du musée, d'une portée qui dépasse la connaissance des représentations comme états du savoir préalables à l'intervention. Il s'agit d'une part de la signification a priori du traitement de certains thèmes par l'institution muséale, et d'autre part du statut de membre du public du point de vue des visiteurs interrogés en tant que représentants de ce public. En effet, les situations d'enquête préalables dans le contexte muséologique ont ceci de particulier qu'elles exigent de la part des visiteurs de prendre la parole au nom du public, qui est à ce stade préalable un collectif potentiel plus qu'effectif, un public dont ils prennent en charge eux-mêmes la représentation. C'est cette parole possiblement publique au nom d'un collectif, le public, à l'état de representation, qui est intéressante, car elle nous informe sur le caractère à la fois très ouvert, et très engagé, de ce qu'est le statut de membre du public. C'est aussi pourquoi la notion de grand public n'est pas à jeter aux orties. Elle rejoint l'idée d'un collectif potentiellement universel «le public», à l'opposé «des publics», notion beaucoup plus technique, qui a tendance à s'imposer actuellement dans les milieux profesionnels.

À quoi sert l'exposition a priori

Pour répondre à une question concernant leur perception d'un thème qui va faire l'objet d'une future exposition, la plupart des visiteurs interrogés commencent par s'interroger sur ce qui constitue le cadre dans lequel ils sont placés, à savoir, le sens même de l'initiative qui consiste, pour un établissement culturel comme la cité des Sciences et de l'Industrie, à proposer des expositions sur le thème annoncé. C'est en effet par rapport au sens de cette initiative qu'ils pourront faire une réponse pertinente à la question qui leur est posée.

Il y a trois types de significations attribuées au projet de faire une exposition sur un thème donné.

- L'exposition comme proposition de l'institution scientifique publique dans le champ médiatique

- L'exposition comme ensemble de moyens pédagogiques dans le but de diffuser des connaissances

- L'exposition comme intervention dans la réalité du thème, et destinée à orienter cette réalité ou à s'y inscrire. Ce qu'est cette réalité du thème se comprend aisément dans le cas de l'environnement ou de la santé. Avant même d'être des champs de connaissances scientifiques et techniques, ce sont des champs de phénomènes vécus, collectivement ou individuellement.

C'est très largement le thème qui conditionne la signification pretée par les visiteurs interrogés à l'initiative de faire une exposition. En effet, dans les conditions de l'étude préalable, on s'aperçoit que l'institution elle-même, et l'exposition comme émanation de l'institution, sont relativement indifférenciées, riches d'innombrables potentialités. Il n'y a aucune pré-détermination générale du traitement des thèmes qui viendrait de ce que l'établissement dans lequel se trouvent les visiteurs interrogés conditionne a priori la vocation de l'exposition à venir, sa forme, son contenu. Les enjeux liés à la réalité de ces thèmes, qui ne coïncident pas avec des disciplines académiques, sont en quelque sorte beaucoup plus forts que les enjeux liés à la réalité du champ muséal ou à la réalité du champ de la vulgarisation scientifique et technique. Par contre, cette réalité vécue des thèmes est concurrencée par la réalité du traitement médiatique de ces thèmes, ce dont les visiteurs sont fort conscients. C'est d'ailleurs pourquoi ils en viennent à souhaiter, par contraste, que la cité des Sciences ne joue pas ce jeu de la fabrication d'un champ médiatique en lieu et place de la réalité recouverte par les thèmes, réalité rendue sensible par les problèmes multiples et aigus qui la caractérisent, lorsqu'il s'agit de la réalité de l'environnement, de la réalité de la ville, de la réalité de l'informatique, etc.

A ce propos, il est important de commenter une contradiction malheureuse entre l'acuité et la profondeur de la sensibilité aux problemes environnementaux, et un discours de plus en plus fréquent qui prétend dénoncer la banalité de ce theme de l'environnement, sujet «tarte à la creme» dans les rubriques scientifiques des médias. Ceci amène même certains sociologues à diagnostiquer fort hâtivement la sensibilité aux problemes environnementaux comme n'étant qu'un simple effet de la surexposition aux médias. I1 est dommage que des questions fondamentales qu'ont à résoudre les sociétés humaines, du simple fait qu'elles sont exploitées à des fins publicitaires et économiques, soient soupçonnées de n'etre plus que publicitaires ou économiques et de n'intéresser le public que parce qu'elles sont publicitaires ou économiques. Il s'avère qu'une attention minimale au phénomene de l'intéret public pour les problemes environnementaux permet d'accéder a un niveau profond d'engagement des représentations du rapport homme - nature, qui n'a rien a voir avec une quelconque surexposition médiatique.

Il s'avère au contraire, à travers le commentaire sur le rôle possible de l'exposition à caractere scientifique et technique, que les visiteurs voient justement dans certains cas l'exposition comme fournissant au thème l'occasion de sortir de ses traitements médiatiques, et de reprendre sa réalité propre.

L'exposition dans le champ médiatique

Lorsque le theme sur lequel porte l'évaluation préalable est identifié comme étant avant tout un thème constamment traité par les medias, la cité des Sciences, comme institution culturelle, est vue comme ayant une réaction à faire connaître sur la qualité de tous les discours médiatiques sur le sujet sur lequel elle prétend intervenir a son tour. En effet, l'institution culturelle, qui plus est scientifique, est vue comme étant une sorte de réserve, ne subissant pas les pressions économiques qui semblent gagner tous les secteurs de la vie sociale dont les médias, et qui jettent un soupçon constant sur la nature des motivations qui sous-tendent tout choix et toute prise de parole dans ces médias. Le musée, l'école, les établissements culturels, sont crédités par les visiteurs interrogés de la capacité de développer leurs activités hors des enjeux marchands, et ainsi, de maintenir un espace public fonctionnant sur l'exercice de la citoyenneté.

Cependant, il est assez rare que les visiteurs interrogés, quelque soit le thème, s'appuient sur des références muséographiques pour evoquer le projet de la future exposition et anticiper ce qu'on peut en attendre. A premiere vue, il semble ne pas exister de modele de référence qui s'impose pour préfigurer ce qu'est une exposition-type, ou bien un visiteur-type. Si l'on fait un parallele avec le cinéma, il existe au contraire une culture cinéphile qui permet aux amateurs de s'attendre a certains types de traitements de thèmes, sans forcément présumer de ce que pourra être un film qu'ils se préparent à aller voir, mais dont ils s'attendent a pouvoir cependant décoder les références cinématographiques le moment venu. Il n'en est rien pour l'exposition thématique. Il n'existe pas de types de traitements qui mettent en scene un état de la muséographie, sur la base d'ume connivence avec le public, on se réfere cependant au type de traitement caractéristique de la cité des Sciences, de maniere assez spécifique. Il faut également signaler l'exception notable du Palais de la Découverte, qui constitue une référence pour la muséographie de la science par le biais des expériences, et également, le cas du theme de l'automobile, qui évoque «des collections anciennes de voitures», mais qui ne constitue absolument pas, du point de vue des visiteurs qui évoquent ces musées, un modele à suivre de la part d'un endroit comme la cité des Sciences, car «ce n'est pas la peine de refaire ce qui est déja fait».

Par contre, la référence aux médias comme la télévision ou la presse est tres fréquente pour la plupart des thèmes d'évaluations, le plus souvent pour appeler un discours critique sur ces médias d'actualité caractérisés par un traitement soumis à l'évenementiel, qui «monte certaines choses en épingle et en occulte d'autres». Dans le cas du theme de la santé, le rôle de l'exposition à venir est ainsi pratiquement entierement référé aux autres médias. C'est parce que la culture médiatique sur ce thème est très importante que la santé est directement abordée par les personnes interrogés non pas sous l'angle d'un récit personnel (ce qui est par contre fréquent pour un thème comme l'informatique), ou bien sous l'angle d'attentes de contenu proprement dites, mais sous la forme d'un discours au second degré sur le positionnement de la cité des Sciences par rapport aux autres médias qui traitent déja largement de ce thème. Ce cadrage du discours est a la fois une faiblesse et une force pour l'étude des représentations.

C'est une faiblesse car le thème de la santé, abordé dans un contexte médiatique, a perdu toute autonomie propre. Le discours sur la santé apparaît avant tout, au stade des enquêtes préalables, comme un discours relatifs aux discours sur la santé. Les personnes interrogées sur le thème de la santé dans les espaces d'exposition de la cité des Sciences et de l'Industrie ne se réferent nullement à des expériences persormelles à travers lesquelles on aurait quelque chance de saisir leurs connaissances personnelles concernant des mécanismes physiologiques, ou des comportements individuels face à la maladie. Au contraire, dans un espace public il y a fort peu de chances que les personnes parlent de leur propre rapport à la maladie et à la santé, hors toute situation où ce rapport est directement en jeu. Par contre, ce qui est en jeu dans ces situations d'enquête, c'est justement, à l'inverse, le rapport de l'institution elle-même au thème, puisqu'elle y est engagée, elle et non le visiteur, or, le rapport de l'institution au thème ne saurait évidemment être un rapport à la santé et à la maladie vecues. Il ne peut être, en première analyse et pour les persormes sollicitées qui doivent obligatoirement construire un cadre dans lequel leur intervention a quelque chance d'être pertinente, qu'un rapport à l'ensemble des discours publics, institutionnels et médiatiques, sur le thème de la santé. C'est pourquoi le thème véritable des entretiens sur la santé est la plupart du temps le thème des discours publics sur la santé, leur sens, leur portée, leur usage.

Le fait de ne pas avoir accès aux représentations de la santé et de la maladie sous forme de savoirs personnels des individus interrogés (objectif traditionnels des études préalables à la conception d'interventions didactiques) est cependant une force. En effet, à défaut d'avoir accès aux représentations de la santé telles qu'elles peuvent être mobilisées lorsque la santé est en jeu, on a un accès particulièrement intéressant aux représentations a priori du rôle et du sens de l'exposition. Ainsi, la plupart des personnes interrogées veulent savoir à quoi s'en tenir sur tout ce qui est véhiculé dans les médias, voir exposés clairement des points de vue contradictoires habituellement dispersés et difficiles à comparer, et avoir un arbitrage de l'institution de culture scientifique et technique, qui est alors perçue comme un lieu proche des chercheurs, lesquels ont tout à la fois, du point de vue des presonnes interrogées, la capacité d'acceder à des vérités, et de voir plus loin dans l'avenir que tous les autres acteurs sociaux.

Ce même phénomène est encore plus frappant dans le cas du thème de l'automobile. Ce thème est identifié très différemment selon les visiteurs. Certains y voient le thème-roi de la vulgarisation des techniques, dont le caractère d'évidence éclate au simple énoncé du terme «automobile». D'autres y repèrent un classique de la muséologie des techniques, avec la référence aux musees de voitures anciennes. Mais plusieurs des visiteurs interrogés identifient totalement l'automobile et la communication publicitaire, laquelle a, historiquement, totalement absorbé le thème. Au yeux de certains, l'automobile a en effet réalisé la synthèse entre la communication publicitaire et l'idéologie du progrès technique. «Le problème, c'est qu'on est dans quelque chose de technique où la publicité se base sur une certaine philosophie du progrès technique». Dès lors, «tout est question de communication» et de maniement de symboles, l'automobile étant «le symbole de la deuxième révolution industrielle». Dans ce contexte, le projet de faire une exposition sur l'automobile, même dans un centre de culture scientifique et technique, n'est pas nécessairement déterminé a priori par des objectifs de vulgarisation. La nature du thème peut pré-déterminer la nature publicitaire des enjeux de toute operation concernant l'automobile. C'est pourquoi ces visiteurs refusent même d'imaginer ce que pourrait être une exposition sur l'automobile, car ce thème, contrairement à d'autres, n'est pas pour eux un sujet banal qu'un traitement pourrait transformer. C'est un thème qui semble avoir absorbé tous ses traitements, il est tombe dans le champ de la communication publicitaire et il est dès lors hors de propos de chercher à savoir comment il pourait être traité «autrement» qu'il l'est partout ailleurs. Dans l'impossibilité d'assumer le statut de membre du public potentiel d'une exposition sur ce thème, certains visiteurs ont une réaction remarquable. Ils prennent l'initiative, au nom même du rôle qu'ils supposent être le leur en tant que membre du public de la cité des Sciences, de modifier le cadre meme qui est celui de l'entretien d'évaluation préalable, en suggérant un autre thème qui leur paraît plus pertinent compte tenu des intentions supposées être celles de l'institution. L'un d'eux propose ainsi spontanément le thème de l'automobiliste, après avoir évité de s'exprimer sur le projet d'une exposition sur l'automobile. Ce faisant, il réintroduit une perspective éducative, en puisant dans son propre univers de représentations et dans ses propres attentes face à la question de l'automobile. Le statut de l'automobiliste comme personne responsable et educable est la première solution qui lui vient à l'esprit pour «remplacer» le thème initial de l'automobile, à partir de son propre point de vue, et à la rencontre de celui supposé être attendu de l'institution, plutôt pédagogique, et plutôt destiné à peser sur le cours des choses de manière positive.

L'exposition comme moyen pédagogique pour la diffusion de connaissances

Lorsque le thème sur lequel porte l'évaluation préalable (et donc la future exposition) est identifié comme scientifique ou bien comme relevant typiquement de la pédagogie des sciences et des techniques, la cité des Sciences est vue comme une institution pedagogique typique. Le thème est un champ de connaissances et l'institution va, par l'exposition, donner accès à certaines de ces connaissances.

Cette perception a priori du rôle de l'exposition est pratiquement unanime dans le cas des thèmes considérés comme absolument scientifiques, comme l'espace, mais elle est aussi très présente dans certains entretiens réalisés pour les thèmes de l'automobile et de l'énergie, considérés par certains comme relevant typiquement de la vulgarisation des sciences et des techniques.

Prenons l'exemple d'un de ces thèmes l'espace.

Les visiteurs interrogés parviennent, dans les entretiens sur le thème de l'espace, identifié comme étant fondamentalement scientifique, à dissocier clairement leurs propres intérêts et préoccupations, de ce qu'ils peuvent attendre d'un établissement de diffusion de la culture scientifique et technique. Il s'agit du seul cas où c'est l'institution, à cause de la nature purement scientifique du thème, qui constitue le cadre pertinent pour anticiper la signification de l'initiative de faire une exposition sur ce thème. Les visiteurs parviennent à transcender la situation où les place l'entretien, en signifiant à la fois que le thème sur lequel on les interroge ne correspond pas à un centre d'intérêt personnel a priori, mais qu'ils adhèrent presque naturellement à l'initiative de vulgarisation scientifique décidée à leur intention, en endossant le rôle de cible, membre d'un collectif «d'ignorants» auquel s'adressera l'exposition. De manière tout à fait remarquable, même si l'espace apparaît aussi comme un patrimoine communun où sont développées des politiques qui concernent le citoyen, le fait qu'il s'agisse aussi d'un domaine scientifique par excellence fait toujours prévaloir cette dernière détermination, à la différence du thème de l'automobile. Dès lors, les attentes exprimées portent sur l'acquisition de connaissances, en contraste total avec des aspirations plus politiques qui auront pu être exprimées dans le courant de l'entretien en tant que citoyen (notamment à propos des questions militaires, ou de la surveillance planétaire), mais qui n'ont plus lieu d'être exprimées en tant que visiteur potentiel dans le cadre d'un projet d'exposition à la cité des Sciences. On peut même avoir accès dans de telles conditions à des anticipations très remarquables de ce quiest la démarche pedagogique en sciences. En particulier, lorsque des attentes sont exprimées, la science apparaît comme le domaine d'un questionnement «gratuit», où l'on peut s'interroger par curiosité pure sur une nuée de phénomènes éclatés, sans qu'il y ait aucun besoin a priori de les organiser en une problématique («d'où vient Ie phénomène des marées, pourquoi la mer est bleue», etc.). Dès que les thèmes apparaissent ancrés dans une réalité plus sociale que scientifique, le questionnement se modèle en système, car il s'oblige à une finalité, il s'astreint à une organisation et une formulation problématisée et hiérarchisée, où certaines questions apparaissent comme étant plus importantes que d'autres («il faudrait commencer par faire aimer la mer pour mieux la respecter») .

L'exposition comme mode d'intervention dans la réalité même du thème

Lors des évaluations préalables, certains thèmes apparaissent avant tout comme recouvrant des problèmes importants qui engagent fortement la vie sociale (l’environnement, le littoral, et dans une moindre mesure, l’automobile), ou bien avant tout comme recouvrant des réalités intensément et directement par les visiteurs (l’informatique, la ville).

L'institution est alors perçue comme un lieu où peut être en jeu la réalité mouvante et instable de ces thèmes. Le projet d'exposition apparaît justifié a priori par l'intention de faire quelque chose à un niveau collectif et culturel pour orienter les choses dans le «bon» sens.

La nature des attentes est alors fortement finalisée en vue d'objectifs d'action. on attend de l'institution scientifique publique qu'elle rende visible les connaissances «vraies» concernant l'état des lieux des situations actuelles avec ce qui va et ce qui ne va pas, mais aussi les réseaux décisionnels permettant de se représenter un état des responsabilités et moyens. On demande également les solutions possibles aux problèmes actuels.

Au-delà des variantes multiples, les attentes fondamentales portent sur la vérité du contenu présenté, et sur l'orientation prospective de l'exposition comme mode d'intenention sur l'évolution du réel.

L'exposition à venir est vue comme un lieu où devraient être mises à plat des situations actuelles qui sont l'équivalent des données d'un problème, et les possibilités d'intenention (souvent percues comme techniques et scientifiques), qui sont l'équivalent des solutions à ces problèmes. Dans le cas du littoral, cette vérité est réclamée indirectement, par l'attente d'une exposition qui se démarque radicalement «des médias que nous critiquons». La vérité est alors anticipée comme étant un état des lieux vrai de la situation du littoral «faire voir comment sont les di~férentes côtes, en Italie, en France, en Allemagne, montrer où c'est pollué».

Quant aux attentes de voir exposées des solutions possibles, elles se confondent fréquemment dans leur formulation même («il faudrait que») avec l'attente directe des solutions elles-mêmes, or, une telle confusion est caractéristique de certains thèmes seulement. Impensable dans le cas du thème de la santé où la distinction entre la santé et le discours sur la santé est même une exigence, elle confirme la valeur de réalité de l'intenention institutionnelle dans un cas comme celui du thème de la ville. Cette préparation de l'exposition peut être interprétée comme l'indice que se préparent des choses nouvelles (exposition du point de vue des habitants par exemple), à l'élaboration desquelles le visiteur interrogé au stade de l'enquête est déjà appelé à s'engager.

Dans le cas de l'automobile, la valeur d'outil d'intenention sur la réalité qu'est potentiellement l'exposition pour certains des visiteurs interrogés se manifeste avec l'idée que l'objectif le plus pertinent possible a priori pour un lieu comme la cité des Sciences pourrait être de toucher les usagers de l'automobile, qui sont forcément nombreux dans le public. Le fait que l'on fasse cette exposition à la cité des Sciences peut d'ailleurs être attribué pour certains au fait que l'on puisse toucher ainsi un grand nombre d'usagers effectifs et d'usagers potentiels (les jeunes) de l'automobile, plus qu'à la vocation de diffusion de la culture scientifique et technique de la cité des Sciences. C'est par rapport au lieu physique considéré comme lieu public et espace commun dans lequel évoluent des parties réelles de la population que l'impact de l'exposition est anticipé, plus que par rapport à une mission de vulgarisation. on le sent également très fortement dans les études sur les thèmes de l'environnement, et la ville. Le public réel qui environne le visiteur interrogé est bien vu comme le public potentiel de demain, parce qu'il comporte nécessairement un grand nombre d'individus concernés par la realité du thème, que l'institution peut ainsi toucher. Seuls les «jeunes» sont dans pratiquement tous les cas considérés a priori comme un public au sens d'une cible de l'intenention institutionnelle, approuvée et relayée par les âînés que sont les visiteurs adultes interrogés.

Être membre du public

Tous ces résultats concernant la manière sont les visiteurs anticipent les rôles possibles de l'exposition au stade de l'évaluation préalable pourraient n'appar~ûtre que comme des curiosités sans portée particulière pour les institutions culturelles. on ne voit pas a priori pourquoi de telles attentes et représentations influeraient sur les décisions des institutions sur le sens de leurs propres missions. Il est même plutôt mal venu, dans de nombreux cas, de tenir compte d'attentes du public, signe d'une dérive démagogique redoutée à juste titre dans les milieux culturels. Mais outre que les attentes et les représentations ont une iniluence très importante sur l'interprétation du contenu des expositions, et méritent donc d'être comnues pour éviter les malentendus et établir une communication véritable avec le public, un autre phénomène relevé dans les évaluations préalables donne à ces attentes et représentations une portée fondamentale.

Les anticipations et représentations du rôle que les expositions peuvent jouer sont en effet exprimées au nom même du statut de membre de public que l'on assume au moment de l'évaluation, puisque c'est forcément au point de vue du membre de public que s'intéresse l'institution lorsqu'elle évalue. C'est parce que les visiteurs interrogés tentent de savoir ce qu'il est le plus pertinent d'exprimer au titre de membre du public qu'ils se permettent de formuler leurs attentes et représentations concernant le rôle possible des expositions. Il s'agit en quelque sorte d'une tâche participant de l'activité du public. on touche alors du doigt à quel point la définition des missions des institutions culturelles publiques n'est pas un instant considérée comme étant l'affaire d'une communauté professionnelle ou politique spécialisée, mais bien d'un collectif dont ils font  partie en tant que membres du public. L'évaluation préalable, même si tel n'est pas son objectif a priori, crée les conditions de cette activité d'anticipation que l'on se met à exercer en tant que membre du public, même s'il n'en reste plus trace dans les pratiques étudiées après la visite.

Comme nous l'avons dit précédemment, les visiteurs interrogés ne répondent pas à l'évaluateur en leur nom propre. Ils le font «sérieusement» en tenant compte de la situation de communication, et pour ce faire, en se plaçant du point de vue du collectif auquel ils appartiennent dans le contexte de cette relation avec un représentant de l'institution. Ce collectif est le public, et celui-ci est très rarement défini par exclusion de catégories qui n'en seraient pas, ou bien par différenciation de catégories particulières (les touristes, les urbains, les littéraires, etc.). Il est au contraire le plus universel possible, au moins dans cette situation préalable qui est celle de l'évaluation avant réalisation.

Si le fait de vouloir «toucher tout le monde» est aujourd'hui fortement contestable lorsqu'il est revendiqué comme étant un objectif de conception, jugé trop flou par les milieux des professionnels de la muséologie, ume telle intention garde absolument sa valeur, du point de vue des visiteurs interrogés face à l'institution culturelle. Que ce soit pour les thèmes considérés a priori comme très scientifiques, et relevant de la vulgarisation scientifique, ou pour les thèmes jugés a priori comme relevamt des grandes questions de notre temps, auxquelles les institutions culturelles apportent leur contribution, «tout le monde» recouvre une représentation très différente, mais toujours essentielle. Dans le cas des thèmes très scientifiques signalant une intention de vulgarisation, le fait de pouvoir s'attendre à des expositions destinées à «tout le monde» est une garantie d'accessibilité a priori à des connaissances très probablement ardues puisqu'il s'agit de science. Dans le cas des thèmes identifés à des champs de réalité sensibles, l'intention de toucher tout le monde est interprétée comme une façon d'intervenir plus fortement dans le champ de réalité du thème lui-même, puisque le collectif tout entier est impliqué dans l'initiative. Dans le cas du thème de la ville par exemple, si le programme proposé lors des entretiens semble bien amener le visiteur à penser que l'exposition est destinée à s'adresser à tout le monde, ce n'est pas parce qu'elle traduirait ainsi une vocation générale de l'institution à favoriser l'accès de tous à la culture. C'est parce que le thème lui-même concerne tout le monde, ce qui est constamment répété par les visiteurs interrogés. «Tout le monde» est alors le monde des personnes dans la vie desquelles le thème a une place importante bien avant la naissance de l'initative institutionnelle de faire une exposition, et qui peuvent avoir l'occasion de se trouver physiquement dans le lieu de la cité des Sciences. C'est en ce lieu qu'ils peuvent croiser les intentions institutionnelles à l'égard de ce «tout le monde» dont ils font partie. Contrairement aux propositions structurées ou fortement pédagogiques, qui amènent les visiteurs sollicités à penser que le public visé fait partie de l'initiative institutionnelle car il est en quelque sorte propriété de l'institution (il est sa cible, constitutive de l'exposition, née avec elle et définie par elle), les thèmes vus comme champs de réalité concernent la partie de la population préalablement existante au thème, et qui sera touchée par l'initiative institutionnelle.

On remarque cependant que dans le cas des thèmes dans la réalité desquels les visiteurs sont déjà fortement impliqués, les visiteurs peuvent se revendiquer d'une catégorie qui a tout intérêt à ce que l'exposition intervienne en leur faveur. Ainsi, dans le cas du thème de l'informatique, une partie des visiteurs interrogés revendiquent un statut d'acteurs dans le champ de réalité de l'informatique, ce statut pouvant être celui de simples utilisateurs. ignorant tout des connaissances spécialisées dans le domaine. Loin d'anticiper une exposition diffusant ces connaissances spécialisées, ils ont au contraire une attente active de voir l'exposition asseoir leur droit d'être ignorant, leur légitimité de «simple usager». on fait ainsi valoir l'intérêt de présenter um champ de savoirs consacrés à l'usage, différent de celui des spécialistes, mais légitime aussi. L'imaginaire de l'informatique entretient cette revendication très originale d'un savoir d'usager? un savoir d'ignorant, car l'informatique, avant d'être un discipline, est d'abord un monde d'usages. une technologie de service.

De l'entretien à ta visite

Même si nous n'abordons pas ici en détail le rapport entre les résultats des evaluations préalables et les résultats des évaluations réalisées après coup, il est intéressant de noter que la nature de ce qui est exprimé avant diffère profondément de la nature de ce qui est dit après, et cela justement parce que le statut de la personne interrogée change totalement. Être un représentant du public n'est pas tout à fait la même chose qu'être visiteur.

L'évaluation apparaît souvent comme un ensemble d'enquêtes menées soit avant, soit après la visite, l'idéal étant de pouvoir mener les deux phases successives, notamment pour comparer les résultats et ainsi vérifier la validité de ce qui est recueilli avant.

En réalité, il apparaît rapidement que les deux phases sont très hétérogènes. De la situation d'entretien préalable sur un thème, à la situation d'entretien à partir d'ume exposition, il y a plus qu'un changement de discours. n y a un changement d'activité. En particulier, de nombreuses prises de position exprimées en préalable sur le rôle possible de l'exposition, semblent disparaître dans la visite d'exposition, où l'activité change, car le cadrage est totalement modifié. Ce n'est alors plus le thème qui est le point de départ et qui détermine le sens donné à ce qui va être dit et fait, c'est la proposition institutionnelle déjà réalisée, qu'il s'agit pour le visiteur, non de juger ou de discuter, mais de comprendre afin de tirer le meilleur parti de ce qui est présenté en tant que visiteur. C'est pourquoi, face à une exposition sur le littoral, il n'y a plus lieu de discuter de ce qu'aurait pu être une exposition sur le littoral dans le cas où elle aurait été différente. Seuls les experts procèdent ainsi lorsqu'ils visitent. Les visiteurs non professionnels, quant à eux, cherchent à optimiser leur visite non pas en évaluant l'exposition. mais en l'interprétant de manière à en construire le sens de la manière la plus pertinente possible compte-tenu du fait que l'exposition thématique a été concue avec des intentions de communication.

Par contre, si les attentes semblent disparaitre en tant que telles, elles n'en continuent pas moins de nourrir des modes d'interprétation dans la visite de l'exposition elle-même. C'est ainsi que certains éléments d'exposition dont le sujet est en phase avec de fortes attentes préalables, sont particulierement exploités par les visiteurs même si leur place est assez secondaire dans le parcours général de l'exposition.

A l'inverse, lorsque en situation préalable, les visiteurs doivent réagir dans le courant de l'entretien non plus à un thème, mais à une proposition déjà formalisée, ne serait-ce qu'un schéma présentant un ensemble de sous-thèmes, ils peuvent également entrer déjà en activité de «visite» à ce stade, c'est-à~ire non plus réagir à cette proposition structurée en donnant une opinion ou en proposant autre chose, mais en s'efforçant déjà d'interpréter le sens général de la proposition, pour en tirer le sens supposé être le plus pertinent. Par exemple, dans le cas des évaluations préalables du projet d'exposition sur la ville, lorsque des visiteurs interrogés doivent d'abord réagir au theme seul. puis commenter dans un second temps une liste de sujets possible pour le futur programme de l'exposition, leur attitude change totalement. Face au thème seul, ils proposent sans réticence une multitude de sujets possibles et de trairements possibles. Vingt minutes après, face à la liste des sujets, ils cherchent avant tout à savoir quelle est la logique qui relie ces sous-thèmes. Leurs propositions spontanées ne sont plus evoquées, car elles n'ont déjà plus lieu d'être exprimées puisqu'il semble bien que l'institution ait déjà décidé et mis en forme quelque chose qu'il s'agit de comprendre. Dans le courant de l'entretien, on passe du statut de membre du public au statut de visiteur.

Les liens croisés entre les deux situations. réaction à un projet, ou bien reaction à une proposition stlucturée (l’exposition, mais aussi des schémas de programme) permettent d'éclairer la signification des réactions observées en préalable ou a posteriori, à l'aide des réactions observées en situation inverse. C'est un peu le passage du statut de membre du public, représentant de celui-ci, au statut de visiteur, qui est caractéristique de cet avant - après.

En conclusion

Parmi les nombreuses suggestions que nous inspirent les entretiens avec les visiteurs lors des évaluations, nous en retiendrons particulièrement deux.

En premier lieu, l'apparition dans les musées à caractère scientifique et technique, ou bien dans les centres de culture scientifique et technique, de thèmes reliés à des problèmes de société, est d'une portée fondamentale dans l'appréciation du rôle potentiel de ces institutions culturelles du point de vue des visiteurs. Le débat portant sur la question de savoir si c'est le public qui doit se soumettre à la vision de l'institution, ou bien si c'est l'institution qui se soumet à la vision du public (sous la pression de l'idéologie du marché) est réglé dès lors que l'on se penche sur les implications de la vision qu'ont les visiteurs interrogés de la relation institution - public. Le fait de traiter les problèmes de société est en effet l'indice que l'institution est inscrite dans la réalité de ces problèmes, et qu'elle compte tenir un discours elle aussi sur ces questions. Ces problèmes, au stade actuel en tout cas, ne sont pas vus comme des thèmes médiatiques, banals. qui ne reflèteraient que ce qu'attend l'opinion, et qui sont proposés pour attirer le public. Ils sont vus comme des problèmes réels qui méritent que des engagements soient pris. L'institution et les publics ne sont pas «simplement» affrontés dans un cadre qui serait celui du musée, existant a priori comme lieu de la représentation de ce qui se joue ailleurs qu'en ses murs. Ils n'existent pas même en tant qu'institution et public d'une manière qui serait indépendante de ces problèmes. Ils sont déterminés ensemble par l'existence de ces problèmes au même titre que l'ensemble des institutions et des individus. Leurs positions respectives et leurs responsabilités respectives sont a priori déterminées beaucoup plus par la nature des sujets traités, porteurs d'enjeux fondamentaux, que par des rapports traditionnels entre institutions et publics. C'est cela que les visiteurs expriment dans la situation d'enquête préalable qui leur donne la possibilité de se donner un statut de membre du public «dans l'idéal».

En second lieu, ce que les visiteurs disent de leur propre statut nous paraît important pour l'appréciation de la nature de l'exposition. Celle-ci n'est pas une «chose», un objet fabriqué que les visiteurs sont libres d'utiliser comme bon leur semble. Ou plus exactement, ce n'est pas ainsi que les visiteurs l'entendent. Ceux-ci sont convaincus de la nature communicationnelle de l'exposition thématique, ils sont convaincus que l'exposition est destinée à délivrer des messages qu'une communauté professionnelle a jugés suffisamment pertinents pour que soit realisée une exposition. C'est de cette conviction, nous semble-t-il, que dépend aussi le crédit accordé aux institutions culturelles, et la confiance dans les relations institution - public.

 

1 Ces évaluations ont été menées par les membres de la cellule Evaluation de la direction des Expositions a la cité des Sciences et de l'Industrie.

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